A quoi sert la Cour des comptes ?
La publication du rapport annuel de la Cour des Comptes alimente
chaque année les gros titres de journaux. Les médias font leurs
choux gras des « lièvres » de plus ou moins belle taille
quont levés les magistrats, leurs lecteurs sen indignent,
les politiques jurent la main sur le cur quils vont y porter remède,
les fonctionnaires font mine de sagiter et le gaspillage dargent
public continue sans quaucune sanction nait été prise,
même lorsque lenquête de la Cour dénonce des pratiques
illégales, sinon malhonnêtes.
Philippe Séguin, qui préside actuellement la vénérable
institution, a présenté le 22 février le rapport traditionnel.
Mais, fait plus inhabituel, cette année les magistrats évaluent
et commentent la manière dont les administrations publiques ont, jusquà
présent, suivi leurs recommandations.
« Lidée, a longtemps prévalu trop longtemps
prévalu que les observations de la Cour nétaient
pas suivies deffet », a déclaré Philippe Séguin.
« Cette idée est dailleurs très symptomatique dun
certain fatalisme partagé par beaucoup qui voient dans une Cour présumée
impuissante la preuve de limpossibilité quil y aurait à
réformer lEtat. »
Des réformes lentes et partielles
si réforme il y a !
Si lon comprend bien ces propos, les magistrats entendent donc démontrer
que leur action porte des fruits.
Or, ils constatent entre autres :
Que limmobilier « reste un domaine où la Cour est entendue,
mais où les progrès sont souvent lents » et quau ministère
de la Culture, notamment, « la connaissance du bâti », autrement
dit des terrains et bâtiments de lEtat, « reste lacunaire
» ;
quen ce qui concerne les logements de fonction, qui avaient fait
lobjet dun rapport au gouvernement en 2003 et sur lesquels était
revenu un rapport dinformation parlementaire en 2005, les « règles
générales quant à leur attribution et leurs modalités
de gestion nont pas encore été édictées »
;
que les réformes, demandées par la Cour, du fonctionnement
des organismes chargés du contrôle de la navigation aérienne,
« se heurtent à lévidence à de nombreuses résistances
», caractérisées par labsence de modification du régime
de service minimum et par la persistance des « anomalies constatées
dans le régime indemnitaire ».
A cet égard, les magistrats sont dailleurs sans illusion
: « les questions relatives au statut, aux effectifs et aux rémunérations
des personnels des administrations sont parmi celles pour lesquelles, si les
recommandations de la Cour sont entendues, les réalisations sont lentes
et souvent partielles. »
Il est impossible de tout citer ici. Le reste des observations formulées
par la Cour des comptes est du même ordre. Il en ressort que les réformes
entreprises sont toujours lentes et partielles
quand elles sont effectivement
entreprises !
Donner aux associations de contribuables le droit dester en justice
Et pour cause. LEtat, en cette affaire, est à la fois juge est
partie. Comment se déjugerait-il lui-même ?
Lorsque la Cour des Comptes signale que des irrégularités ont
été commises dans la gestion dun service administratif,
il appartient au premier ministre et aux présidents des deux assemblées,
Sénat et Assemblée nationale, de saisir la Cour de Discipline
Budgétaire et Financière, seule habilitée à connaître
des infractions relevées par la Cour des Comptes et à punir les
responsables.
Paradoxalement, le président de cette Cour de Discipline Budgétaire
et Financière se trouve être
le président de la Cour
des Comptes lui-même, qui doit donc attendre, pour sauto-saisir
du dossier sur lequel ses propres magistrats ont travaillé, que le pouvoir
politique le lui ordonne !
Malheureusement, il arrive assez rarement, pour ne pas dire jamais, que ledit
pouvoir politique prenne une telle décision, au risque de déplaire
aux fonctionnaires.
Les Contribuables Associés sétaient trouvés confrontés
à cette situation ubuesque lorsque, en 2000, Benoîte Taffin, alors
présidente de lassociation, avait demandé au premier ministre
de lépoque, Lionel Jospin, ainsi quaux présidents
de lAssemblée nationale Laurent Fabius et du Sénat
Christian Poncelet de saisir la Cour de Discipline pour que soient
sanctionnés des fonctionnaires coupables, selon la Cour des Comptes,
de sêtre octroyé des rémunérations abusives.
Seul, Christian Poncelet avait transmis le dossier à la Commission des
Lois, qui lavait classé en attendant que lautorité
politique désigne un rapporteur. On lattend encore
La seule solution, pour que ce type daction aboutisse, serait de reconnaître
aux associations de contribuables le droit de se porter partie civile, en cas
de gaspillage ou de détournement des fonds publics.
Les Contribuables Associés le demandent depuis plusieurs années.
Jusquà présent, les gouvernements successifs ont tous préféré
continuer à protéger les fonctionnaires.
Contribuables Associés